La Grande Palabre : La discussion sur la succession présidentielle au Cameroun irrite le régime de Yaoundé

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Prévu pour se tenir, à l’hôtel Franco, à Yaoundé, le 30 juin 2022 sur le thème : « La succession présidentielle au Cameroun : jeux et enjeux », La 60è édition de La Grande Palabre a été interdite par l’autorité administrative pour « risque de perturbation de l’ordre social »

Il était prévu, hier après-midi, 30 juin 2022), une conférence publique sur le thème : La succession présidentielle au Cameroun : jeux et enjeux. Débat organisé par Jean-Bosco Talla, initiateur de la plateforme de discussion publique dénommée « La Grande palabre ».

Quelques dizaines de personnes déjà présentes à l’extérieur de l’hôtel Franco ont été sommées de ne pas accéder à ce lieu en raison de la décision d’interdiction servie, séance tenante, par l’autorité administrative territorialement compétente accompagnée par des éléments de la police, qui comme à l’accoutumée, veillent au respect de cette mesure. Le motif évoqué par le sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé 1er, Nyandji Mgbatou Harouna, est : « risque de perturbation de l’ordre social ».

Interviewé par des journalistes, Jean-Bosco Talla annonce qu’il va, à nouveau, intenter une procédure judiciaire contre l’État du Cameroun pour l’annulation de cette décision-là. Et pour cause : l’organisateur de « la Grande palabre sur la succession présidentielle au Cameroun : jeux et enjeux » vient de subir, affirme-t-il, un préjudice vu que certains participants dûment conviés à cet échange public sont partis qui de Douala, qui de Bafoussam, etc., pour rallier Yaoundé, le siège des institutions de la République. Sans conteste, il y a une incidence pécuniaire dommageable en termes organisationnel.

De plus, le Directeur de la publication du journal Germinal dit être surpris par le fait que c’est le mercredi, 29 juin 2022 que la décision d’interdiction de cette réunion publique a été signée par cette autorité administrative parce que, explique Nyandji Mgbatou Harouna, « le thème est très sensible et nous sommes à une période sensible ». Pourtant, J.-B. Talla a, chose curieuse, retiré le récépissé de déclaration de cette réunion publique le 28 juin 2022. D’où vient-il donc que cette réunion publique soit, in extremis, interdite à la veille de sa tenue, et que ce soit le jour j que la note d’interdiction soit présentée à l’organisateur ? J.-B. Talla dit, manifestement, n’avoir pas été au courant de cette décision d’interdiction. Et l’autorité administrative de lui faire savoir qu’il a été, à plusieurs reprises, joint au téléphone parce qu’elle voulait le lui signifier, mais en vain !

Pour cet enseignant de formation et de profession, et journaliste depuis près de 30 ans, « cette décision d’interdiction porte un coup terrible à l’image du Cameroun ». Il ajoute que ce sont des ennemis du pays qui orchestrent cette basse manœuvre pour faire main basse sur cette initiative, qui était déjà à sa 60ème édition cette fin de mois juin 2022. D’ailleurs, J.-B. Talla mentionne qu’une personnalité haut placée l’a joint au téléphone il y a peu et lui a révélé que cette réunion publique sera interdite. Toute chose qui s’est, d’ailleurs, concrétisée tant cette autorité administrative a signé cet acte d’interdiction. Et l’initiateur de la Grande palabre de s’interroger : « pourquoi sont-elles (les autorités administratives) si frileuses ? »

En rappel, il y a deux décisions de justice qui condamnent l’État du Cameroun pour les mêmes faits et pour les mêmes motifs. En effet, selon le jugement n° 069/2020/TA-YDE dans l’affaire Germinal contre État (MINAT) du Cameroun du 18 février 2020 «en s’appuyant sur le motif selon lequel « le risque potentiel de trouble à l’ordre public reste constant », pour interdire une réunion publique, alors que l’ordre public aurait pu être préservé dans l’hôtel où elle était prévue pour se tenir sans qu’il soit besoin de porter une atteinte aussi intolérable à la liberté de réunion, l’autorité administrative a pris une mesure disproportionnée » En réalité, en pareille circonstance, le sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé 1er aurait donc pu prendre des mesures pour sauvegarder l’ordre public. Une salle n’est pas une voie publique. La décision de justice qui avait été favorable à Germinal dans le contentieux l’opposant à l’État du Cameroun est claire et nette. « C’est une jurisprudence que nous allons actionner dans le cas d’espèce », conclut-il in fine.

Entre autres intervenants de cette discussion publique : Jean-Baptiste Amvouna Atemengue, militant du Rdpc et maire de la commune de Ngoumou; Valère Bertrand Bessaala, administrateur civil et guide du parti politique « Jouvence »; Maximilienne Chantale Ngo Mbe, Directrice exécutive du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac); Guillaume Henri Gnepi, enseignant de Philosophie;  Claude Abe, Socio-politiste; Stephane Akoa, analyste géopolitique, etc.

Signalons que selon l’Ong de défense des droits humains, Nouveaux droits de l’Homme (Ndh), dans son rapport 2019 sur les Libertés publiques au Cameroun : 85% des manifestations publiques et 65 % des réunions publiques sont, de manière systématique, interdites par les autorités administratives, lesquelles ont une perception à géométrie variable de l’ordre public.

Serge Aimé Bikoi

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