Notre pays, le Cameroun, avance inexorablement et à pas précipités vers deux issues fatales qui s’appellent l’une l’autre et dont notre vie quotidienne et notre horizon ont déjà été envahis par les manifestations observables.
D’abord, depuis presque deux décennies, nous sommes frappés par une impotence grandissante face à la montée grandissante de l’insécurité, à l’absence d’eau et d’électricité, à l’accumulation des poubelles géantes dans nos grandes métropoles, aux crises sécuritaires dans les régions de l’Est, du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord ; à une paupérisation galopante, à la décadence économique, aux crises politiques et de la gouvernance. L’immobilisme continué, ce serait la stase létale terminant la décomposition sociale, le pourrissement avancé, l’enlisement et l’ensauvagement.
Ensuite, depuis des années, nous avons lâché la bride aux forces de l’obscur, de la division et aux pulsions de la mort. Nous avons fait du champ politique un univers essentiellement théâtral où les politiciens et les camps politiques transforment des ruptures opportunistes et les vengeances personnelles en convictions. Nous avons en vain, recherché un improbable et un invraisemblable chef charismatique, un Messie qui surgirait dans le ciel, tel un deus ex machina et qui ferait l’unanimité pour nous sortir de la fange dans laquelle nous nous sommes plongés jusqu’au cou. Nous avons été réduits, chacun de nous, à n’être que l’incarnation des tribus imaginaires engagés dans une guerre d’extermination réciproque dans une concurrence génocidaire. Nous avons cru aux promesses, aux discours vides et à la pensée magique des politiciens thaumaturges. Nous avons érigé en héros ceux qui, pendant dix, vingt, trente et quarante ans, ont été responsables de notre déchéance et qui nous ont faits vivre dans des conditions infrahumaines tels des esclaves ou des bêtes de somme. Nous avons banalisé le bluff, le mensonge et la mauvaise foi, l’extorsion et le vol, le viol de nos consciences, la violence réelle ou symbolique, les meurtres, les assassinats, le vampirisme et l’anthropophagie. A continuer dans cette direction nous finirons dans ces déchaînements de folie sanglante dont plusieurs pays africains nous donnent ou nous ont donnés des spectacles terrifiants.
Pour échapper à la ruine, à la déchéance, à la mutilation anthropologique (dixit Eboussi Boulaga) et à la mort collectives, il nous faut nous arracher avec détermination de ce bourbier ; marcher très vite en bon ordre ; nous organiser pour changer le système et le régime politiques et chasser ces bullocrates et gloutons insatiables qui ont confisqué notre patrimoine commun et qui nous tiennent captifs de nos instincts de conservation.
Le changement du système et du régime politiques est devenu pour nous un impératif catégorique
Par Jean-Bosco Talla





































