Tunisie : Zine El Abidine Ben Ali rend son dernier souffle

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L’ancien Président Tunisien déchu Zine El Abidine Ben Ali, a rendu son dernier souffle ce jeudi 19 septembre 2019, à l’âge 83 ans dans un hôpital en Arabie Saoudite, des suites d’une longue maladie.

L’annonce de son décès a été faite par la radio Mosaique Fm et par le ministère tunisien des Affaires étrangères.

Zine El Abidine Ben Ali a régné à la tête de la Tunisie de 1987 à 2011 avant de s’exiler en Arabie Saoudite où il a vécu malade, après la révolution tunisienne qualifiée de « printemps arabe ».

Le jeudi 12 septembre 2019, sur sa page officielle Facebook, Ben Salha, son avocat, avait annoncé qu’il se trouvait dans un état critique.

L’histoire retiendra que son départ du pouvoir a été déclenché par le suicide par immolation le 4 janvier 2011 du jeune marchand Mohamed Bouazizi. Cet acte avait mis le feu aux poudres de la révolte, forçant ainsi l’ex-président à prendre les clés de l’exil.

Le jeune vendeur ambulant protestait contre la saisie de sa marchandise par la police, dans un contexte où le chômage allait grandissant et où les autorités ne favorisaient pas la débrouillardise.

Faut-il le rappeler, les faits remontent au 17 décembre 2010. Ce jour-là, le jeune commerçant s’était vu gifler par un policier alors qu’il vendait dans la rue pour joindre les deux bouts. Et comme si cela ne suffisait pas, sa marchandise avait été confisquée. Aussitôt il est allé plaider sa cause afin d’obtenir l’autorisation et la restitution de son stock de marchandise auprès de la municipalité et du gouvernorat provincial. Après lui avoir servi une fin de non-recevoir, il s’est vu bousculer et expulser des bureaux comme une vermine.

Humilié publiquement et désespéré, ne supportant plus cette injustice, le seul moyen pour lui d’exprimer son ras-le-bol avait été l’immolation par le feu devant le siège du gouvernorat. Conduit et hospitalisé dans un hôpital à Ben Arous, près de Tunis, il succomba à ses blessures quelque temps après.

Son immolation a été la goutte de trop qui avait fait déborder le vase de frustrations des Tunisiens, qui se sont levés comme un seul homme pour éjecter Ben Ali de son trône de président où il était confortablement installé pendant que le peuple broyait du noir avec la police à dos.

Pour eux, Mohammed Bouazizi incarnait la détresse des jeunes chômeurs et l’humiliation vécue au quotidien par les Tunisiens. Et c’est fort de cet incident qu’au bout de quatre semaines de protestations et de troubles sociaux, les Tunisiens ont réussi à renverser l’ex-autocrate Zine El Abidine Ben Ali, 23 ans après le coup d’État ayant permis son accession au pouvoir.

Après sa chute, Ben Ali, son épouse Leïla Trabelsi, son fils Mohamed et sa fille Halima se sont réfugiés en Arabie saoudite où très peu d’informations filtraient sur leur exil doré.
En Tunisie, les avis sont partagés sur la période Ben Ali. Certains Tunisiens regrettent cette période pendant laquelle l’économie était florissante. D’autres retiennent de cette période le caractère policier, corrompu et dictatorial du régime qui laissait très peu de place à l’expression et à la jouissance des libertés publiques. La Tunisienne Souhayr Belhassen, ex-présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), répondant aux questions de Rfi, estime qu’incontestablement l’économie tunisienne se portait mieux, mais que Ben Ali a laissé comme héritage la corruption. « C’est vrai que l’économie se portait mieux, mais ce qu’il y a de fondamental, c’est que c’était un régime autoritaire, sinon un régime dictatorial. Nous payons aujourd’hui le prix de la liberté. Il n’y a jamais eu autant de grèves syndicales. Il n’y a jamais eu autant de sit-in. Nous payons le prix fort pour l’apprentissage de la démocratie. Évidemment, une grève avec Ben Ali, le lendemain des gens se trouvaient en prison […] Et aujourd’hui c’est le trop-plein […] Et l’économie en prend pour son grade. […] il manquera toujours le procès de Ben Ali. Il a beaucoup de chance de mourir dans ces conditions », déclare-t-elle

Après s’être éteint dans une certaine indifférence, il restait à savoir où Ben Ali sera enterré et où ses obsèques seront organisées.

Aux dernières nouvelles, l’ex-homme fort de Tunisie a été enterré samedi 21 septembre dans la ville sainte musulmane de Médine, dans l’ouest de l’Arabie saoudite. Les médias saoudiens et tunisiens ont passé sous silence son enterrement et ses funérailles.

Inès Matatie

Avec africanmanager et Rfi

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