Livre : Zacharie Ngniman publie l’ode du vivre-ensemble

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Intitulée Cameroun, L’impératif du vivre-ensemble, la dernière publication du journaliste émérite est une autopsie du Camerounais dont la stabilité est mise à rude épreuve par les crises multiformes. Pour conjurer ces démons, l’auteur préconise la « conversion des cœurs et le renouvellement des comportements ».

Cameroun, L’impératif du vivre-ensemble vient administrer la preuve supplémentaire que Zacharie Ngniman est un Journaliste plus en retrait des projecteurs qui ont fait sa célébrité il y a quelques décennies, qu’à la retraite. Il scrute toujours l’actualité. En parcourant les 210 pages qui constituent sa dernière production littéraire, le lecteur se rend très vite compte que l’ancien présentateur vedette des journaux à la radiotélévision nationale (CRTV), au lieu de polir et de contempler ses lauriers d’antan est resté un observateur averti de la société. N’ayant plus les contraintes d’un journal à présenter, il se donne le temps d’ausculter le Cameroun et ses soubresauts. Les 13 chapitres de Cameroun, L’impératif du vivre-ensemble sont donc un diagnostic circonstancié du Cameroun d’aujourd’hui en passe de devenir un grand corps malade. Le ministre directeur du Cabinet civil de la présidence de la République, Samuel Mvondo Ayolo qui en signe la préface écrit d’ailleurs :« son présent essai a en effet le mérite de présenter, sous sa casquette de journaliste professionnel et historien de l’instant, les faits saillants d’une actualité sociopolitique encore brûlante ». Référence est ici faite à la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi aux exactions de Boko Haram, aux tueries des sécessionnistes, à la crise postélectorale…

Autant de contraintes qui ont fini par ébranler les piliers du Cameroun que Zacharie Ngniman préfère désigner dans son Avant-propos comme « notre maison commune ».
Les cinq premières parties de cet essai sont une peinture de la société camerounaise à « la traversée d’un environnement tourmenté ». L’image qui en résulte est loin d’être reluisante. Pour l’auteur, la tourmente commence avec Boko Haram qu’il prend le soin de mentionner les causes, à savoir le désespoir des jeunes nigérians récupéré par les prédicateurs au dessein inavoué. Comme une trainée de poudre, le monstre né au Nigéria étendra ses tentacules mortifères jusqu’au Cameroun et au-delà. Le Pays ployait encore sous ce faix quand un autre foyer de tension s’est ouvert dans la partie anglophone du pays. « Tout comme par le déclenchement, le 11 octobre 2016, de la grève des prétoires par les avocats anglophones ». Ceux-ci, ajoute l’auteur, « exigent la mise à disposition par le gouvernement, de la version anglaise des actes uniformes Ohada, rejettent l’application du Code pénal dans les juridictions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ; s’opposent aux affectations dans les tribunaux des deux régions des magistrats francophones qu’ils jugent inaptes à comprendre le Common law… ». La crise qui a suivi continue de paralyser le pays, trois ans après. Autant que les « revendications postélectorales et violences » qui « exacerbent également le climat sociopolitique au Cameroun ».

La réaction des pouvoirs publics a été, selon l’auteur, à la hauteur des enjeux. N’en déplaise à certains acteurs internes et externes, l’auteur vante « la respectabilité de l’armée camerounaise sur la scène nationale et internationale ». Par ces temps troubles, Zacharie Ngniman juge utile de rappeler les évidences, à savoir que « l’indivisibilité de l’État, l’unité, l’intégration nationale, la décentralisation (ont) un ancrage constitutionnel ». Pour lui, c’est donc en républicain que le chef de l’État a convoqué le Grand dialogue national tenu à Yaoundé du 30 septembre au 04 octobre dernier. « Par l’organisation d’un grand débat et d’un dialogue autour des questions fondamentales telles que la nature et l’origine du conflit social, politique et culturel, il s’agit notamment de dégager une lecture commune à tous les partenaires politiques et sociaux des causes profondes du conflit qui empoisonne la vie nationale ».

Prenant le contre-pied de Jules César qui croyait dur comme fer que « qui veut la paix prépare la guerre », Zacharie Ngniman propose un nouveau paradigme. « Si les Camerounais veulent la paix, ils doivent cultiver un vivre-ensemble harmonieux », dit l’ancien élu de la nation qui reconnait néanmoins que « la paix et le vivre-ensemble sont un ensemencement difficile ». Pour y parvenir, l’auteur propose quelques pistes. A l’ère de la décentralisation, il suggère que les municipalités développent des programmes de brassage de culture. Les mariages interethniques peuvent également permettre de contenir le tribalisme qui érige les communautés les unes contre les autres. Zacharie Ngniman invite l’État à assurer ses missions régaliennes qui passent par la protection des personnes et des biens, la bonne gouvernance…

Zacharie Ngniman n’est pas pessimiste, même si les premiers chapitres de son livre caractérisés par la violence réelle ou symbolique pouvaient le porter à l’être. Donnant une allure dialectique à son texte, l’auteur sort par une note d’espoir. Car la résilience de l’économie camerounaise reconnue par l’agence de notation Moody’s dans son rapport du 15 août 2019 ; les initiatives prises par les pouvoirs publics pour faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035 donnent de l’éclat à ce tableau qui s’annonçait obscur.

Écrit sans effet de manche, le livre de Zacharie Ngniman est une boussole à emporter en ces temps troubles où les sirènes de la division résonnent de toute part. Son style simple le rend accessible à toutes les couches sociales. Le lecteur s’étonne toutefois que la crise anglophone soit présentée comme un effet sans cause politique, ou une cause non causée. Pour les éditions futures, l’éditeur se doit de préserver l’élégance rédactionnelle de l’auteur en toilettant le texte.

Olivier Atemsing Ndenkop

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