Le député, c’est qui ?

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C’est une question qu’on ne se pose pas beaucoup, obnubilé qu’on est habituellement par les honneurs et les avantages dont cette noble charge est toujours assortie. C’est pourtant ce genre de question que doivent déjà se poser tous ceux qui sollicitent les suffrages des autres pour avoir ce titre.

Si on admet que le député est un représentant, cela veut dire qu’il est la face visible de celui qu’on ne voit pas soit parce qu’il est trop occupé pour se faire voir, soit parce qu’il a un sens si élevé de la délégation qu’il préfère se faire représenter là où il est attendu. N’ayant pas l’omniprésence de Dieu et ne pouvant pas, par conséquent, vaquer à ses occupations habituelles et participer aux délibérations portant sur le sens à donner à la cité, le peuple intervient dans la dynamique politique de celle-ci à travers ses représentants. S’il lui était possible de se présenter lui-même à l’Assemblée, comme c’était le cas dans la démocratie directe qui avait par exemple cours à Athènes, le peuple préférerait s’occuper lui-même de ses affaires que de les laisser à la discrétion des députés.

Le député est donc, à proprement parler, un délégué, mieux un mandataire, celui qui parle et décide au nom d’un mandant, c’est-à-dire celui qui lui donne le mandat de le représenter à l’Assemblée (l’Ecclesia ou l’Eglise). Celle-ci, c’est le peuple symboliquement assemblé pour affirmer souverainement son pouvoir et s’approprier librement son devenir.

Ça, c’est le principe. Et il importe qu’il soit connu aussi bien des mandataires que des mandants, afin que les premiers ne trahissent pas la volonté des seconds. Cette malheureuse trahison se produit lorsque le député ou le mandataire met un terme à sa fonction de représentant pour se présenter lui-même à l’Assemblée, ployant sous le poids de ses appétits personnels. En faisant l’impasse sur la volonté de celui qui se figurait prendre part à la gestion des affaires de la cité à travers lui, le député se nie en tant que tel. En mettant un terme à sa fonction de délégué ou de représentant du peuple, il perd inévitablement sa raison d’être à l’Assemblée.

Comment prévenir ou éviter cette tragédie politique qui consiste en la mise à mort symbolique du mandant par son propre mandataire ? Autrement dit, comment pouvoir encadrer la représentation du peuple à l’Assemblée, de manière à s’assurer que les députés ne trahiront pas la volonté de ce dernier ? C’est la question que le peuple doit se poser avant d’accepter de se faire représenter par tel ou par tel à l’Assemblée.

Professeur Lucien Ayissi

Université de Yaoundé 1 (Cameroun)

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