Journée mondiale de la photographie : la mort silencieuse de l’analogie

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L’arrivée des smartphones avec caméra performante contribue de plus en plus à la disparition de l’utilisation de l’appareil photo, pour faire place au numérique.

De nos jours, prendre une photo est devenu la chose la plus facile. Avec l’avènement des smartphones qui possèdent des caméras performantes, plus besoin d’un appareil photo classique pour immortaliser un instant. Il suffit désormais de prendre une photo, de la modifier selon sa convenance et de la conserver, contrairement aux années précédentes pendant lesquelles il fallait recourir aux services d’un photographe attitré lors des cérémonies malheureuses ou joyeuses. Thérèse Fouda, propriétaire d’un téléphone de marque Samsung avoue désormais utiliser la caméra de son téléphone pour capturer ses images. « Peu importe l’endroit où je me trouve, je fais des photos en une fraction de seconde, plus besoin d’un photographe », déclare-t-elle, souriante.  Hélène Adzama, étudiante à l’université de Yaoundé II, n’a plus visité un studio photo depuis qu’elle utilise un smartphone. « Nos téléphones sont plus performants que certains appareils photo classiques. Pour faire mes photos ou mes selfies, j’utilise simplement mon téléphone et le tour est joué. Je me rends rarement dans un studio photo sauf quand j’ai besoin d’une demi carte photo, ou encore pour laver certaines photos que je souhaite agrandir. Chose impossible quand j’étais enfant, mes parents nous amenaient toujours dans un studio photo pour faire des photos », affirme-t-elle avec nostalgie.

Issa Tchiroma Bakary, alors ministre de la Communication et les promesses non tenues

Difficultés financières

Contrairement à certains utilisateurs de smartphones, Jean Bikon, photographe de profession, plus connu sous le nom de Topico, déplore la disparition de son activité avec l’évolution de la technologie. Rendu dans son ancien studio photo au quartier Emombo, arrondissement de Yaoundé IV, aucune ombre d’un client pour solliciter les services et l’expertise de ce photographe professionnel. Selon lui, l’absence de la clientèle est causée par l’avènement du numérique.  « Avec l’avènement du numérique, mon activité a énormément baissé, ce qui ne me permet plus de joindre les deux bouts. Mes clients me contactent actuellement juste pour les mariages, et anniversaires. Ainsi, j’ai été contraint de fermer mon studio photo, situé au quartier Emombo, arrondissement de Yaoundé IV », déclare-t-il, la mine défaite. Et d’ajouter « constatant la disparition au fil des années de la photographie, nous avons noué des partenariats avec des établissements scolaires de la place pour filmer toutes les activités scolaires. Pendant les grandes fêtes, je crée également un local dans les grands carrefours de la ville pour filmer les citoyens. Une photo coûte 500F cfa et les portraits à partir de 2500F CFA ».

Phanie Enyegue (Stg)

Francis Ngon : « La photographie est l’écriture de notre vie quotidienne »

Francis Ngon

D’après le chef des photographes au quotidien national bilingue, Cameroon Tribune, les journalistes de la presse écrite doivent se mettre à l’école de la photographie, car elle est un métier.

Qu’appelle-t-on photographie en langage journalistique ?

Étymologiquement, la photographie vient du terme Photos qui signifie lumière et graphin qui signifie écrire.  En outre, elle peut être également définie comme l’obtention d’une image par l’action de la lumière dans une chambre noire.

Quelle est la place de la photographie dans l’univers médiatique, de la presse écrite en particulier ?

Comme je l’ai toujours dit, la photographie est une écriture. Dans la presse écrite, elle joue au rôle primordial. Parce qu’elle est un moyen de communication et d’expression, c’est également un langage et un moyen d’information, comme le texte. On a l’habitude d’affirmer que le texte explique et la photographie prouve. Lorsque dans la presse écrite, vous parlez par exemple d’éboulement de terre qui s’est produit et qu’il manque l’image qui montre ce drame, le lecteur restera sur sa faim. Car, quels que soient les mots que vous utiliseriez pour exprimer le phénomène, ces mots seront insuffisants pour présenter la situation. Pourtant lorsque vous illustrez avec une photo accompagnée d’une légende, le lecteur comprend rapidement ce qui sait produit. Une photo montrant un drame crée très souvent des émotions.

Certains journalistes utilisent très souvent l’appareil photo de leur téléphone pour filmer ou capturer des images lors des conférences, alors que l’appareil idéal est l’appareil photo numérique. Quel est le meilleur appareil ?

À ce que je sache, il n’y a pas d’appareil idéal. Le problème est lié à la personne qui utilise l’appareil photo qui doit être un professionnel. Si vous avez même un très bon appareil photo, même de la dernière génération et si vous n’êtes pas un professionnel de la photographie, vous ne saurez saisir une image qui racontera une histoire. Ce qui devient un véritable problème lorsque vous êtes dans la presse documentaire, d’actualité et dans le cadre de la photographie artistique où il est question de saisir l’image qui va raconter l’histoire. En tant que professionnel, depuis l’avènement du numérique, je ne marche pas tout le temps avec mon appareil, j’ai mon téléphone qui me permet de faire des photos si je suis victime ou témoin d’une scène. L’idéal est de connaitre la technique de prise de vue, d’avoir les atouts artistiques et professionnels pour pouvoir faire la photo sous le bon angle qui amènera le lecteur à comprendre de quoi il s’agit.  Cependant, lorsque vous n’êtes pas professionnel, vous allez simplement filmer. Il arrive très souvent que ces images soient de mauvaise qualité sur le plan technique. C’est pourquoi lorsqu’on parcourt ces magazines, on a affaire à des aplats de couleur qui ne ressemblent à rien. Mais aujourd’hui, on ne peut pas aller à l’encontre de l’évolution technologique. Au contraire, on doit se saisir des nouveaux outils qui sont mis à notre disposition pour toujours raconter notre vie quotidienne. Parce que la photographie, c’est l’écriture de notre quotidien.

Pour terminer, quels conseils pouvez-vous donner à ces organes de presse qui utilisent très souvent les photos de mauvaise qualité ?

Il faut que nous nous mettions à l’école de la photographie, car elle est un métier. Si on ne va pas apprendre la photographie, on ne pourra pas bien faire des photos. Aujourd’hui, les gens pensent qu’il est tellement facile de faire des photos. Je pense que les gens prennent plutôt des photos, ils n’en font pas. Parce qu’il y a une différence entre faire une photo et prendre une photo. Le professionnel fait une photo, alors qu’un amateur prend une photo. L’unique conseil est de faire appel aux professionnels, car c’est un métier qui a ses règles et sa déontologie.

Entretien mené par :

Phanie Enyegue (Stg)

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