Démocratie participative au Cameroun : réalité ou fiction ?

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Un café-débat a été organisé le 14 septembre 2019, par la plateforme Dynamique Citoyenne, dans l’une des salles de conférence de Tou’ngou Hôtel de Yaoundé, en prélude à la journée Internationale de la Démocratie qui s’est célébrée le 15 septembre 2019. Le thème de cette conférence était : Démocratie et participation citoyenne au Cameroun, quel bilan ?

Dans un contexte sociopolitique marqué par des crises multiformes où des voix s’élèvent pour appeler au dialogue, la réconciliation nationale et la paix au Cameroun, un débat sur la démocratie et la participation citoyenne venait à point nommé pour montrer qu’aucune décision politique prise en amont ne peut être légitime si en aval les citoyens n’ont pas été impliqués, avaient tenu à rappeler les organisateurs à l’entame de cette rencontre qui a eu lieu le 14 septembre 2019 à Tou’ngou Hôtel. D’ailleurs Jean-Marc Bikoko, point focal Dynamique citoyenne a rappelé à juste titre l’article 21 alinéa 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui dispose que : « la volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ». C’est dire que le contexte seyait à un tel débat.

Les panélistes. De gauche à droite Adamou Youmo Koupit, Richard Makon, Jules Raymond Mfoula et Jean-Marc Bikoko.

Selon les organisateurs, l’objectif de ce café-débat permettait « d’échanger sur la participation active et effective des citoyens dans le champ de la décision publique ».

Animée par quatre panélistes, dont deux représentants des formations politiques, un universitaire, un leader d’opinion et un modérateur, cette conférence a réuni une cinquantaine de participants venus de différents horizons et même d’autres régions du pays.

Au moment où une certaine opinion qualifie, à tort ou à raison, le régime actuel de dictatorial, et la longévité du président de la République Paul Biya au pouvoir d’excessive, il reste constant que de par la constitution, le Cameroun se présente comme un État démocratique. Il était donc temps pour les organisateurs de faire le bilan de la démocratie au Cameroun afin de dire si on peut la considérer comme une démocratie participative impliquant les citoyens à la vie démocratique du pays.

Prenant la parole en premier, Richard Makon, universitaire, s’est d’abord attelé à dégager les présupposés du thème avant de définir la démocratie qu’il considère comme pouvant être un régime politique, un système de gouvernance ou une philosophique politique. Après avoir énuméré les entraves à la vie démocratique, dont les obstacles à la jouissance des libertés publiques garanties par la constitution (interdictions récurrentes des réunions et manifestations publiques, encadrement de la liberté d’expression) et la mauvaise gouvernance, l’universitaire a conclu que la démocratie au Cameroun est une fiction.

Une vue de l’assistance

Cette conclusion a fait bondir de son siège Jules Raymond Mfoula, membre actif du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) qui a tenu à préciser que le Café-débat qui a été autorisé par l’autorité administrative grâce à l’intervention du Rdpc est bien la preuve que la démocratie et la liberté de réunion publique sont une réalité au Cameroun. Selon lui, le Cameroun est un pays démocratique et de liberté. La démocratie n’est donc pas une fiction comme l’affirment certains de ses co-panélistes. Tout en reconnaissant l’existence de quelques entraves qui ne font pas du Cameroun une dictature et du renouveau un régime dictatorial, il s’est attelé à énumérer les avancées de la démocratie camerounaise. Entre autres : le foisonnement des médias et des organisations de la société civile, la liberté d’expression ; la liberté de réunion et de manifestation publiques ; le multipartisme intégral avec en prime l’existence de plus de 300 partis politiques ; la pléthore des médias et la presse écrite dont la fonction critique va parfois au-delà des lois et des textes ; la mise en place du Conseil constitutionnel et d’Elections Cameroon (Elecam) ; l’organisation régulière des élections sous la houlette d’Elecam, un organe indépendant ; la séparation des pouvoirs ; l’indépendance de la justice. « J’ai lu et entendu dans les journaux, sur les plateaux de télévision, sur les réseaux sociaux, les gens qui traitent le président Paul Biya de tous les noms avec un ton qui frise même l’insolence, sans que celui-ci n’instruise des poursuites judiciaires contre eux ! », a-t-il déclaré. Pour terminer, il a fait quelques suggestions, notamment : la réintroduction du poste de vice-président de la République en vue d’un éventuel turn over ; la limitation du mandat présidentiel ; la révision de la loi électorale ; la restructuration d’Elecam ; la prise en compte du vote de la diaspora, la résolution de la question de la double nationalité, l’indépendance de la justice ; le retour des restes du premier président de la République Ahmadou Ahidjo, etc.

Une vue de l’assistance

Les propos de Adamou Youmo Koupit, militant de l’Union démocratique du Cameroun (Udc), étaient proches de ceux de l’universitaire Richard Makon. Selon lui, « on entend par participation citoyenne, l’action que chaque fils ou fille de la nation apporte comme contribution désintéressée pour permettre l’avancée du pays ». Or, a-t-il précisé, il est de notoriété publique que la participation citoyenne est un vain mot sous le Renouveau dont les membres de la nomenklatura politico-administrative n’écoutent pas les citoyens, mais préfèrent leur imposer leur volonté.
Jean-Marc Bikoko, s’appuyant sur sa longue expérience dans la société civile, a plutôt insisté sur la participation citoyenne, gage de la crédibilité et de la légitimité des actions et décisions des pouvoirs publics. Selon lui, on ne peut pas parler de démocratie participative sans implication des citoyens à la définition, à l’élaboration et la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques publiques. Pour terminer, il a insisté sur la mise en place d’un gouvernement de transition qui œuvrerait à solutionner les multiples crises qui traversent le Cameroun.

Les échanges ont été animés et cordialement houleux.

Pour Richard Makon, on ne peut changer la nature du régime du Renouveau. Ce serait d’ailleurs vouloir que le régime et ses partisans se fassent hara kiri, s’il leur était demandé de faire une mise à jour de leur logiciel.

Une vue de l’assistance lors des débats

Adamou Youmo Koupit a réitéré sa position selon laquelle la démocratie au Cameroun relève d’une fiction. Elle est essentiellement théorique si on se limite aux textes existant. « Quand on lit les textes, le Cameroun est dans une démocratie, mais en pratique, on se rend compte que c’est une dictature », a-t-il assené avant d’inviter les uns et les autres à observer et d’apprécier par eux-mêmes le fonctionnement des différentes institutions qui sont les centres de décision de la vie du pays pour s’en rendre compte de la véracité de ses propos. Sans oublier de pointer son doigt accusateur sur des décideurs de l’ombre.

Jules Raymond Mfoula n’a pas été de cet avis. Il a pris comme exemple le Conseil constitutionnel qui, à l’occasion de la présidentielle du 7 octobre 2018, avait laissé retransmettre en direct sur toutes les chaines de télévision, le contentieux postélectoral. « La retransmission en direct du contentieux électoral était historique et unique au monde. Vous ne verrez cela nulle part même dans les pays qu’on prend souvent pour modèle. Mais au Cameroun, le pouvoir a décidé, par souci de transparence, de faire vivre en live tous les Camerounais, même ceux de la diaspora. ».

Somme toute, ce café-débat n’a pas permis de faire bouger les lignes. Chaque camp est resté campé sur ses positions. Même si tout le monde a reconnu la nécessité de l’amélioration de la gouvernance, de l’implication des citoyens et de l’amélioration de la démocratie au Cameroun, il reste constant que ce débat n’a pas permis de dire de manière tranchée si la démocratie au Cameroun est fictive ou si elle est une réalité.

Mirabelle Tala

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